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Célibat, mode d'emploi

publié le 30 déc. 2010 à 01:06 par Frédéric Six   [ mis à jour : 30 déc. 2010 à 01:14 ]

Célibat, mode d'emploi : Célibataire décomplexé recherche célibataire dévoué. Une bonne dose d'auto persuasion, un soupçon d'égoïsme et une lichette de mauvaise de foi sauront faire de vous le célibataire décomplexé que vous avez toujours rêvé d'être …


Célibat, célibataire et vie en solo, mode d'emploi


Admettre son célibat, c’est avant tout profiter des avantages de cette situation de célibataire. Être seul et célibataire, c’est être libre de ses mouvements, de ses loisirs et de ses choix. Le célibat c'est éviter les crises de jalousie, les incompatibilités d’humeur, et n’avoir de compte à rendre à personne. Être en couple, c’est dire au revoir à toutes ses habitudes et accepter – parfois à contrecoeur – celles de son conjoint. Vous voyez moins vos amis (mais devez supporter ceux de votre bien-aimé), et si vos proches ne vous manquent pas dans un premier temps, vous finirez par les regretter. À l'inverse, être célibataire et ne pas avoir de petit ami, c’est aussi une manière d'échapper à la « belle » famille !




Célibat, mode d'emploi


D’un point de vue financier, le célibat est une situation confortable qui permet de gérer seul son porte-monnaie et de se faire plaisir. A contrario, vivre à deux demande d'importants investissements : un logement plus grand et donc plus cher, un nouveau mobilier, une consommation en eau et en électricité plus élevée… Vous pourriez bien être obligé de faire également plus de courses. Et si vous percevez deux salaires, vous n’avez plus droit à aucune aide. Si votre âme soeur tarde à se présenter, c’est peut-être que ce n’est pas le bon moment. Alors faites confiance au destin et patientez en profitant de votre vie actuelle, car votre vie de célibataire pourrait bien vous manquer un jour…


la Vie en solo, mode d'emploi du Célibat

On vit seul et on se rêve à deux. On vit à deux et on se rêve seul. Ce n’est pas tant que l’on ait plus qu’autrefois le goût du paradoxe. Simplement, le couple, s’il est toujours le modèle dominant, n’est plus la norme. Certes, l’Insee nous indique que l’année 2000 aura été celle des mariages, dont le nombre a passé la barre des 300 000, record inégalé depuis dix-sept ans. Mais voilà, la courbe des divorces, elle, ne cesse de progresser. « La norme, aujourd’hui, c’est d’avoir une séquence de "vie en solo" », souligne le sociologue Jean-Claude Kaufmann. De 27 % en 1990, la part des monoménages est passée à 30 % en 1999 (source Marketing Book 2000 Secodip). En moyenne, c’est aujourd’hui une personne sur trois qui a vécu, vit ou vivra une période de son existence seule. Par choix, ou par dépit. C’est que « les gens ne sont pas préparés aux difficultés de la vie à deux, dit Robert Gellman, psychiatre des hôpitaux et président de l’Ecole française de sexologie. Le couple est sans doute la chose la plus dure à réaliser ». « L’intimité familiale est mythifiée par des stéréotypes », remarque le psychiatre Robert Neuburger, en tournant en dérision le rêve américain du cocooning sur fond de feu de cheminée.


Le célibat et la vie en solo

« Mais dès que l’on pénètre à l’intérieur d’un foyer, affirme Jean-Claude Kaufmann, on se rend vite compte que la réalité est souvent beaucoup plus terne que cela. Au mieux, on s’y accommode d’une confortable absence de conflits. » Alors, à l’heure des bilans, le projet d’union auquel on a cru peut ne plus paraître aussi essentiel dans le scénario. Surtout si la vie professionnelle permet de se réaliser individuellement, voire empiète sur les moments d’intimité. Robert Gellman évoque ainsi le cas de ce couple brillant, et très visiblement amoureux, qui se sépara pour cause d’emplois du temps incompatibles. Ni lui ni elle ne renonçant à sa carrière, ils durent faire le deuil d’une histoire invivable. Fait sociologique inédit, les femmes ne sont plus prêtes à sacrifier leur épanouissement professionnel à leur couple.

Et les fondements de la vie familiale, qui reposaient sur elles, s’en trouvent bouleversés. Pourtant, bien plus que les tensions, le pire ennemi du couple demeure l’ennui. C’est lui qui motive la majorité des divorces, et ce sont les femmes, encore elles, qui ne l’acceptent plus. « Le rêve de l’amour avec un grand A est toujours présent, observe Philippe Brenot, anthropologue et psychiatre. La plupart des divorces sont demandés pour cause de déception, car le décalage par rapport à l’idéal de soi et du partenaire est renforcé par l’image de tous ces couples parfaits que l’on voit dans les magazines ou au cinéma. »


Célibat, insatisfaction des femmes


Dans huit cas sur dix, les ruptures conjugales sont donc à l’initiative des épouses. « Les motifs de divorce, chez les hommes, sont en règle générale liés à la baisse du désir physique, résume Jean-Claude Kaufmann. Tandis que les femmes, elles, expriment une insatisfaction plus profonde, de ne plus exister en tant que personne, d’être un rouage de la machine familiale. » Quand le rêve du couple n’opère plus, la tentation de la solitude pointe son nez. « Le couple, par définition, limite les libertés, analyse Philippe Brenot. Et nourrit le fantasme d’une autre vie, en solo, débarrassée de toutes les contraintes liées au conjoint et aux enfants. Où l’on serait idéalement disponible à tous ses plaisirs et désirs. » Car avec la conscience de la brièveté de l’existence est apparu un sentiment d’urgence, selon Jean-Claude Kaufmann.

« Autrefois, on était dans une société du destin : on naissait laboureur ou maréchal-ferrant, les mariages étaient arrangés, et l’individu était le produit de sa condition sociale. A présent, chacun est responsable de soi-même et de son bonheur. Condamné non seulement à être libre, mais heureux. » Nombreux sont cependant celles et ceux qui vivent leur célibat comme une fatalité. « Beaucoup viennent consulter car ils souffrent de ne pas avoir de sexualité, explique Philippe Brenot. Ils sont persuadés que leur déficience sexuelle est la cause de leur célibat, alors que c’est leur incapacité à nouer une relation, leur inaptitude à séduire, qui en est la cause. »


Célibat : les célibataires sont-ils vraiment plus heureux ?

Mais le célibat peut être désiré comme un état de grâce. Selon l’Insee, 16 % des couples vivent les débuts de leur relation chacun chez soi, retardant leur mise en ménage symbolique pour jouir de leur statut de vrais-faux célibataires. Par peur, plus ou moins consciente, d’un certain étouffement qu’ils entrevoient dans la vie à deux. Ce temps pour soi attaché à la condition de solo est sans doute ce qui contribue à faire rêver. Le temps d’échanger avec les autres, d’aller au théâtre... Le temps de tout entreprendre et de n’avoir rien à faire, que pour soi. Les médias, magazines féminins en tête, font volontiers écho à cette vision délicieusement oisive d’un célibat dilettante et hédoniste.

Mais les « solos » sont-ils vraiment plus heureux que la moyenne ? « Au-delà des plaisirs minuscules du célibat (se goinfrer en paix de chocolat, faire la grasse matinée...), estime Jean-Claude Kaufmann, il y a cette possibilité pour l’individu de diriger sa vie. C’est une révolution complète, en accord avec le mouvement de l’Histoire, qui nous pousse à exister en tant qu’individu, à être maître de notre existence. Ce qui peut être très euphorisant. » Et dans le même temps alimenter de terribles frustrations. Car la plupart des célibataires n’accomplissent pas tous les jours des choses exceptionnelles, faute d’avoir une oeuvre à réaliser, une passion dévorante qui prenne toute la place. A défaut, il faut apprendre à meubler le vide. « La plupart des célibataires ne vivent pas ce qu’ils désireraient vivre, et aimeraient une vie à deux, tranche Philippe Brenot. Mais ils sont fantasmés par les autres. »

Mieux vaut en effet habiter une grande métropole, avoir entre 30 et 40 ans et disposer d’un revenu confortable pour « s’éclater » dans son célibat. Et mieux vaut, aussi, être un homme. Car si les hommes composent assez bien avec leur solitude affective, les femmes s’y enferment facilement. Tandis que les uns renouent statistiquement plus vite des relations (en moyenne dans les deux mois qui suivent une séparation), les secondes peinent à trouver le compagnon idéal. Question de nature, et de culture.


Célibat, des veuves qui s’ignorent !

Les petits arrangements masculins avec le célibat sont socialement bien tolérés, quand ils demeurent pénalisants pour les femmes. Lesquelles compensent en cultivant un réseau amical très développé. Les célibats masculin et féminin sont donc de durée et de motivation très différentes. « D’ailleurs, observe le directeur de planning stratégique d’une agence de publicité parisienne, on parle toujours des Ally McBeal, en référence au feuilleton américain. Mais on évoque rarement leurs homologues masculins. Or, en réalité, la population des "single" est composée d’hommes plutôt jeunes et de femmes d’âge mûr. » « Beaucoup de femmes célibataires sont des veuves qui s’ignorent, affirme Philippe Brenot. Nombreuses sont celles qui ont vécu une séparation douloureuse. » Et qui préfèrent élever seules les enfants de leur vie antérieure, dont la nostalgie les mine secrètement.

Celles qui désespèrent de rencontrer l’âme soeur ? « Il arrive qu’elles se l’interdisent inconsciemment, constate Robert Gellman. Beaucoup de patientes ravissantes viennent me consulter parce qu’elles ne parviennent pas à former un couple, et s’en étonnent. Mais elles s’arrangent en fait pour que la relation ne débouche sur rien. » La croyance absolue en un compagnon idéal - le fameux « prince charmant » - enferme plus d’une célibataire dans sa tour d’ivoire. « Les femmes n’ont pas vocation au célibat, remarque Robert Gellman. Mais elles sont dans une logique de décolonisation. Et ne sont prêtes à renoncer à rien : ni à leur carrière, ni à leur maternité, ni à leur idéal masculin. C’est, pour beaucoup, une situation épouvantable. »

Cette révolution silencieuse, si elle n’annonce pas le siècle des amazones, signe-t-elle la mort du couple ? Tel qu’il a existé jusqu’à nos jours, sans doute, estime Philippe Brenot, qui livre une méthode pour « (ré) inventer le couple ». Et il conclut « [...] je retiens, malgré toutes les difficultés, le désir de nos contemporains de vivre un couple monogame amoureux de longue durée, entreprise surhumaine et contre nature pour les uns, la seule qui mérite d’être tentée pour les autres »




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